jeudi 14 décembre 2017

PERSONNALITÉS ARQUENNAISES D’ANTAN:


PERSONNALITÉS ARQUENNAISES D’ANTAN:



Emile Valenne passionné de l’histoire d’Arquennes nous a laissé quelques notes retraçant la vie de quelques personnalités issues du village d’Arquennes



NICOLAS-JOSEPH DUBOIS

Le 5 mai 1760, naissait à Arquennes, Nicolas-Joseph Dubois, fils de Jacques Dubois, maître de carrière, et de Marie Barbe Delferrière, son épouse.

Dès son jeune âge, Nicolas Dubois manifesta de très bonnes dispositions pour la sculpture. Ayant reçu dans les ateliers de son père les premières notions de dessin et sachant travailler la pierre bleue convenablement, Nicolas se perfectionna dans son art de prédilection, d’abord en suivant les cours du soirs de l’académie de dessin  et de modelage de Nivelles, puis en se rendant à Bruxelles, dans un atelier de sculpture dans lequel se pratiquait exclusivement le travail des statues en pierre. Ensuite, âgé de 22 ans, il se rendit à Paris pour y travailler la pierre blanche de France.

Son père, Jacques Dubois, décéda à Arquennes le 28 janvier 1775, et à la mort de sa mère survenue le 12 juillet 1794, Nicolas Dubois revint à Arquennes pour y continuer l’exploitation de la carrière de ses parents. Tout en assurant la direction de l’exploitation de la pierre, il continua à exercer son métier de sculpteur et il produisit quelques belles œuvres, entre autres plusieurs statues pour les religieuses du chapitre de Sainte Gertrude de Nivelles ; de même que les lions ornant l’entrée du château de Seneffe,  etc.

Mais ce métier de sculpteur, quoique très honorable, était trop modeste pour l’activité qui le caractérisait, il voulut ajouter son nom à la liste des maîtres de carrières d’Arquennes, dont certains s’étaient déjà distingués au cours des siècles précédents, ainsi qu’en attestent les pierres fournies par les Lenglez, pour la cathédrale Saint Bavon à Gand, celles de la chapelle Notre-Dame de Bon Conseil, le monument de la famille del Fontaine devant l’église, de même que les magnifiques pierres tombales sculptées que nous voyons encore à l’intérieur et au dehors de l’église.

Ses commencements furent très modestes, car sa bourse ainsi que celles de ses émules, ne lui permettaient pas de faire de grandes entreprises.

Le 11 mars 1799, Nicolas Dubois épousa à Seneffe, Françoise Moreau, fille de François et de Anne Dominique Surquin.

Aussitôt qu’il fut débarrassé des premières entraves que le manque de fonds apportait à son activité, il se fit par ses talents une réputation si brillante que les plans des architectes les plus connus et les plus suivis, affluaient dans ses ateliers.

Une des premières institutions qu’il fit, fut un atelier d’apprentissage qu’il dirigeait lui-même, avec un excellent ouvrier nommé Bataille. Bientôt quelques jeunes ouvriers formés à cette école l’aidèrent dans ses entreprises. Il existait encore à cette époque un préjugé qui soutenait qu’on ne pouvait ciseler la pierre bleue comme on le faisait pour la pierre blanche de France. La grande et unique préoccupation de Dubois fut de trouver le moyen de donner aux gros ciseaux employés depuis toujours par nos tailleurs de pierre une trempe permettant tout en réduisant l’épaisseur des ciseaux et autres outils, de pouvoir faire dans la pierre bleue, cette belle, droite et fine ciselure que nous admirons et que l’on continue toujours à pratiquer.

Pour obtenir ce résultat, Nicolas Dubois fut puissamment secondé par un de ses amis d’enfance nommé Philippe Colinet, maréchal-ferrant, habitué à réparer les outils des tailleurs de pierre. Guidé par les conseils de Dubois et Colinet, on arriva à trouver une trempe des outils leur permettant de travailler la pierre d’Arquennes aussi facilement que la pierre blanche, et d’exécuter toutes les moulures et les sculptures désirées.

Depuis lors le préjugé fut aboli et la pierre de France fut détrônée.

Doué d’une activité sans égale, N. Dubois donnait à ses ouvriers des règles aussi simples qu’efficaces pour apporter dans la confection des ouvrages qu’il leur demandait, cette précision et cette élégance de taille, qui porta pendant trente ans dans toute la Belgique, la réputation des carrières d’Arquennes.

Jaloux de l’honneur de cette réputation jusqu’à l’oubli de ses intérêts, on le vit quelques fois s’armer d’un gros marteau de rocteur et briser sous les yeux de l’ouvrier la pierre dont le travail n’avait pas été soigné.

Généreux, libéral et connaissant à fond son industrie, il faisait ses affaires en faisant aussi celle de ses ouvriers qui n’avaient jamais été aussi bien payés pour leur travail.

Il est curieux de constater combien d’ouvriers tailleurs de pierre, venant de Feluy, de Marche et même des Ecaussinnes, vinrent se fixer à Arquennes pendant cette période de transformation du travail de la pierre dans les ateliers de Nicolas Dubois. La population du village qui en 1785 était de 1172 âmes, était passée à 1528 en 1800.

Hardi, entreprenant, ses amis le taxaient quelques fois d’imprudent, en le voyant s’engager dans des travaux, semblait-il, au dessus de ses forces. Il était à ce point identifié avec sa profession, qu’il apercevait d’un coup d’œil, les facilités, les avantages et les bénéfices de l’entreprise la plus compliquée et la plus importante.

Les pierres des grands bassins du port d’Anvers, création de Napoléon 1er, furent livrées par lui, et ce fut le fondement de cette fortune qu’il acquit par la suite et qui paya si largement son intelligence et son activité.

Une série de grands ouvrages le tint en haleine jusqu’à la fin de ses jours, entre autres l’Hôtel des Monnaies à Bruxelles : l’aile gauche du palais des Etats généraux ; le palais de Tervueren ;

Nicolas-Joseph Dubois décéda le 17 mai 1825, unanimement regretté de tous ses concitoyens, laissant deux fils, Joseph qui fut bourgmestre d’Arquennes de 1825 à 1848, et Jean-Baptiste, lesquels continuèrent cette industrie de la pierre qui avait été complètement renouvelée par leur père.



REMY BAyot

Rémy Bayot, fils d’Auguste et de Stéphanie Paternotte, né à Arquennes le 31 mai 1846, étudia la musique sans le secours d’aucun maître. Il débuta dans la fanfare « Les Echos des carrières d’Arquennes » en battant la grosse caisse. Il étudiait le petit bugle, dont il fit son instrument favori.

Ses dispositions musicales l’engagèrent à étudier la composition. Il fut remarqué par M. Panne, chef de musique des carabiniers, qui le fit admettre en 1889 au conservatoire royal de Bruxelles où il devint bientôt l’un des meilleurs élèves de la classe d’harmonie, dirigée par M. Charles Bosselet.

M. Panne lui donna en même temps des leçons d’instrumentation et d’orchestration. Malheureusement la mort de son père le força d’abandonner le conservatoire pour reprendre les affaires de sa famille, mais Rémy Bayot n’abandonna pas ses chères études et en 1871, il fut nommé directeur de la société chorale de Feluy. Il se révéla bientôt comme un chef de grande valeur et dès ce moment les principales sociétés musicales de la région se disputèrent l’honneur de posséder le jeune maître à leur fête.

Il fut successivement nommé directeur de la fanfare « Les Echos des carrières d’Arquennes », du Cercle musical de Feluy, des « Fanfares de Ronquières », des « Amis de la Liberté » d’Ittre, de l’Harmonie de Feluy, de la fanfare « Les Travailleurs réunis » à Ittre et des « Fanfares de Lillois »

En même temps que directeur de mérite, M. Bayot se fit remarquer comme compositeur de talent  et il est  bien peu de sociétés musicales en Belgique et en France qui n’aient exécuté quelques unes de ses œuvres.

Rémy Bayot a pris part à de nombreux concours de composition tant en Belgique qu’à l’étranger et partout ses œuvres ont été classées en première ligne. Parmi ses principaux succès nous citerons le grand prix d’honneur qu’il obtint au concours  de théorie de l’académie du Hainaut et le grand prix d’honneur qu’il remporta au concours spécial de l’académie Lamartine avec une fantaisie pour harmonies et fanfares, sur un sujet imposé.

Membre d’un grand nombre d’académies et de sociétés savantes de Belgique, de France, d’Italie, de Suisse et d’Espagne, M. Bayot a été créé Chevalier de l’Ordre royal de Sainte-Catherine du Mont Sinaï[1].



LES FRÈRES SIBBRECHT

Nous évoquerons ici le peintre Jean et son frère Gérard Sibbrecht, sculpteur

Pendant les guerres de religion  du XVIe siècle, le village de Baulers qui avait été incendié en 1588 fut presque entièrement abandonné par les quelques habitants qui y résidaient encore. Parmi ceux-ci se trouvait Nicolas Sibbrecht, époux de Rosine Le Geve, fille du seigneur de Baulers et sœur de Marguerite, mariée à Jean Hanicq, maître de carrière à Arquennes. Sa femme étant décédée et n’ayant qu’une fille nommée Anne, Nicolas Sibbrecht vint à Arquennes et le 4 juin 1599, loua devant les échevins d’Arquennes, les bâtiments de l’ancien hôpital[2].

En 1601, il épousa en secondes noces Marguerite Hanicq, fille d’Antoine et de Jeanne Nopère. De ce second mariage naquirent trois enfants ; Jean, Gérard et Marguerite.

Peu après son mariage et après la mort de Jeanne Nopère, veuve d’Antoine Hanicq, Nicolas Sibbrecht habita la maison héritée de ses beaux-parents[3], sur la place d’Arquennes dite l’hostellerie de l’Ange. C’est dans cette maison que sont nés les deux frères sibbrecht, Jean en 1601 et Gérard en 1604.

Devenus adultes, ils embrassèrent la profession de tailleurs de pierre dans les chantiers de leur oncle Jean Hanicq. Celui-ci en plus du maniement des outils, leur donna les premières notions de dessin.

Jean Sibbrecht

Jean, montrant de belles dispositions pour la peinture, abandonna le métier de tailleur de pierre pour s’adonner à son art de prédilection dans lequel il se fit bientôt un renom.

A cette époque, vers 1650, il existait également sur la grand place d’Arquennes une très jolie habitation de style espagnol, précédée d’un beau jardin d’agrément, c’était la demeure de la famille Lenglez du chastel. Jean Lenglez, seigneur du Chastel était le bailli du comte Gérard de Hornes, seigneur d’Arquennes. Un de ses fils, nommé Michel, entra dans l’Ordre des Frères mineurs, Récollets de Saint-François, à Namur. Ami d’enfance de Jean Sibbrecht et connaissant le talent de peintre paysagiste de son camarade de jeux, pria le directeur de l’Ordre d’inviter Jean Sibbrecht à venir faire la décoration de l’église, aujourd’hui église Saint-joseph, rue de Fer à Namur, qui fut bénie en 1660.

Il devint ainsi l’auteur de grands et magnifiques paysages qui décorèrent la nef de l’église conventuelle[4].

Le 31 août 1662, à la veille d’un départ pour Rome, Jean Sibbrecht fit son testament, craignant disait-il de mourir ab intestat, parmi les périls et les fâcheries d’un si long voyage[5]. Dans ce testament, cet artiste se qualifie « jeune homme, peintre, natif d’Arkenne en Wallon Brabant, travaillant à Namur, âgé de cinquante huit ans ». Il disposait déjà d’un certain avoir, car deux ans auparavant, il avait prêté 800 florins aux Carmes, fort endettés par leurs bâtisses. Cette somme serait aussitôt à rembourser à une créancière  du couvent, Anne Wilmart, veuve Warnotte de la Bouverie[6].

En compensation, les religieux qui pourvoyaient au logement de Sibbrecht, lui assurèrent une rente annuelle de 50 florins.

Parti pour la ville éternelle, comme de nombreux autres artistes de son temps, il n’y fit qu’un court séjour et après avoir séjourné quelques jours à Lyon chez son frère Gérard, il était de nouveau à Namur en 1664.

Les Carmes continuèrent à payer ses frais d’entretien car nous trouvons qu’en 1668, ils ont payé à Marie Gouverne, béguine du béguinage de Saint-Aubin, lavandière des Carmes, dix florins pour le linge de Sibbrecht[7].

Par ce même testament, il léguait la généralité de ses biens à Georges et Jenne Sibbrecht, enfants de feu Gérard et de damoiselle Jenne Julio, sa compagne, ses neveu et nièce et belle-sœur, demeurant à Paris, ainsi qu’à Barbe Marchand, aussi sa nièce, fille de Rémy Marchand et de Marguerite Sibbrecht, sa sœur, cultivateurs à Scoumont sous Arquennes.

Jean Sibbrecht séjourna la plus grande partie de son existence dans le cloître des R.P. Récollets à Namur, où il décéda et y fut inhumé.

Les entre pilastres de l’église de ce couvent sont remplis par de grands tableaux ou paysages exécutés par cet artiste de talent et révèlent un excellent goût.

Gérard Sibbrecht

Quant à Gérard Sibbrecht, frère du peintre, il voyagea également pour se perfectionner dans son métier de sculpteur. D’abord il séjourna à Gand, puis à Paris, où il épousa Jenne Julio et alla se fixer à Lyon.

Après avoir laissé dans cette ville et dans les environs des œuvres encore admirées de nos jours, il décéda en 1665 et repose dans cette ville[8].

De son mariage avec Jenne Julio, il eut deux enfants ; Georges et Jenne. Après la mort de son époux,  Jenne et ses enfants retournèrent à Paris, où Georges, son fils, devint également un sculpteur renommé.

Il contribua sous le règne de Louis XIV à l’ornementation du palais de Versailles de 1672 à 1682[9].

Gérard Sibbrecht était plus connu sous le nom de Gérard le wallon.

Un acte daté du 12 septembre 1682 signale :

« Par devant le mayeur et les échevins d’Arkenne, comparurent Georges Sibbrecht, âgé de 28 ans, en vertu de la procure de Jeanne Julio, sa mère et Marguerite Sibbrecht, sa sœur suffisamment âgée.

Ledict Sibbrecht connoist avoir reçeu de Mathias Boulouffe et Norbert Boulouffe avecq François Maghe, à titre de Jeanne Boulouffe, sa femme, seconds comparants, le capital et arrierages d’une rente de 12 florins qu’ils avoient droict de recevoir sur la maison et hostellerie de l’Ange sur la place d’Arkenne.

Signé les échevins Jean Lis et Jean del Fontaine, le vieil»

Un autre texte prouve aussi la possession de l’hôtel de l’Ange :

Le 11 juin 1641 « Marguerite Hanicq, veuve de Nicolas Sibbrecht a loué pour un terme de six ans à Siméon Pasquette sa maison et hostellerie de l’Ange, sur la grand place d’Arquennes



[1] Extrait du Bulletin de l’Académie du Hainaut, par C. Petit.
[2] AE.M. Greffe scabinal d’Arquennes, document disparu
[3] Partage des époux Hanicq-Nopère, acte du 22 février 1601
[4] Namurcum, 7e année, 1930, p.14.
[5] A.E.N. Minutes du notaire Berton
[6] A.E.N. Minutes du notaire Berton, liasse 1, en date du 29-4-1661.
[7] Idem, f° 27 et 37v°
[8] AUDIN et VIAL, Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de France, Paris, 1919, t.2,, p.45.
[9] S. LAMY, Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de l’école française, règne e Louis XIV, p. 62.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire