mardi 9 juillet 2019

Emile Decamps dit » Kète sans d’jambes »



Emile Decamps dit » Kète sans d’jambes »


Emile Decamps naquit à Courcelles le 28 mai 1878.
En 1890 à l’âge de 12 ans travaillant aux usines de Seneffe, il fut happé par une poulie aveugle lancée à 300 tours/minute, son corps fut disloqué, ses os broyés, ses espoirs irrémédiablement ruinés.
Mais son âme d’adolescent voulut survivre et donner à ses amis et compagnons un magnifique exemple de courage et de ténacité.
Deux jambes et un bras sectionnés, triste bilan à une époque où l’assurance sociale ou mieux , l’assurance tout court, était inexistante.
Par pitié, une âme charitablement lui offre une charrette et deux chiens.
Au hasard des routes, durant six longues années, il se traîne de porte à porte, mendie son pain en vendant du tabac, se heurte à l’incommensurable bêtise légale et policière ;il est arrêté presque chaque jour, gîte à l’ « amigo » est relaxé le lendemain et recommence….
Destinée terrible pour un cœur vibrant sur deux pauvres moignons persécuté sans cesse.
Mais Emile survit !
Harassés, vieillis, ses deux chiens, fidèles compagnons d’une existante perpétuellement errante, s’éteignent.
Emile se traine sur les genoux. Il veut et il faut vivre, grappiller sa maigre part du bonheur terrestre.
1907, année bénéfique, Decamps, économe et parcimonieux, achète un âne, ouvre un tout petit commerce de vins et liqueurs.
A cette époque, les cafés pullulaient, le mobilier était quasi inexistant. Deux tréteaux ou tonneaux et une planche suffisaient comme comptoir. Pour ouvrir ce commerce il fallait également payer les patentes (taxe sur débit d’alcool), le premier client pouvait venir boire son « péket ». .
A Familleureux en 1912, on comptait 15 débits de boissons. Une chope de bière coûtait 5 centimes et un verre d’alcool un gros sous (Gros sous = 10 centimes, une cense = 2 centimes, un gigot = un centime).
Emile pérégrine de village en village, de hameaux en lieux-dits, présentant fièrement sa pacotille.
En 1908, l’âne est mué en cheval, le misérable fonds de commerce devint fructueux.
Comment Emile chargeait sa marchandise dans la charrette ?
Il attelait en premier son cheval, jusque-là aucun danger mais quel courage avec un seul bras « charger ses bacs de liqueurs ».
Ensuite, il fallait monter sur la charrette par les rayons en bois de la roue, si le cheval avait bougé, Emile aurait été écrasé.
Au contraire, celui-ci se retournant regardait monter son maître quand il était bien installé, il avançait.
Souvent c’est le cheval qui ramenait Emile chez lui. Comme bon commerçant à chaque estaminet il offrait un verre et en consommait également, après avoir fini sa tournée imaginez-vous dans quel état était notre Emile, généralement la dernière « auberge » c’était le cabaretier qui l’aidait à monter dans sa charrette et une petite claque sur la croupe du cheval et c’était parti pour la maison.
Ecoutant au doigt et à l’œil, ce cheval était une « perle »
Emile habitait rue de Marche, 3 à Feluy, il tenait également un débit de boisson.
En 1914, la première guerre éclate, malheur à Emile, son cheval fut réquisitionné par les allemands.
Par la suite, il dut acquérir, pour survivre, un autre cheval qui fut moins docile.
En 1932, Emile se voit enfin obtenir une pension….
Emile s’éteint à Feluy le 8 décembre 1954.
L’homme amoindrit fut un modèle de foi et de volonté de surpassement…..
Une vie exemplaire !!!



Léon Leheut



Voici la maison ou vivait Emile avec son garage pour son cheval et sa charrette. Emile tenait avec son frère un café dans la pièce de devant et les week end parfois même il y avait un accordéoniste pour danser






jeudi 9 mai 2019

PERSONNALITÉS ARQUENNAISES D’ANTAN:


Emile Valenne passionné de l’histoire d’Arquennes nous a laissé quelques notes retraçant la vie de quelques personnalités issues du village d’Arquennes



NICOLAS-JOSEPH DUBOIS

Le 5 mai 1760, naissait à Arquennes, Nicolas-Joseph Dubois, fils de Jacques Dubois, maître de carrière, et de Marie Barbe Delferrière, son épouse.

Dès son jeune âge, Nicolas Dubois manifesta de très bonnes dispositions pour la sculpture. Ayant reçu dans les ateliers de son père les premières notions de dessin et sachant travailler la pierre bleue convenablement, Nicolas se perfectionna dans son art de prédilection, d’abord en suivant les cours du soirs de l’académie de dessin  et de modelage de Nivelles, puis en se rendant à Bruxelles, dans un atelier de sculpture dans lequel se pratiquait exclusivement le travail des statues en pierre. Ensuite, âgé de 22 ans, il se rendit à Paris pour y travailler la pierre blanche de France.

Son père, Jacques Dubois, décéda à Arquennes le 28 janvier 1775, et à la mort de sa mère survenue le 12 juillet 1794, Nicolas Dubois revint à Arquennes pour y continuer l’exploitation de la carrière de ses parents. Tout en assurant la direction de l’exploitation de la pierre, il continua à exercer son métier de sculpteur et il produisit quelques belles œuvres, entre autres plusieurs statues pour les religieuses du chapitre de Sainte Gertrude de Nivelles ; de même que les lions ornant l’entrée du château de Seneffe,  etc.

Mais ce métier de sculpteur, quoique très honorable, était trop modeste pour l’activité qui le caractérisait, il voulut ajouter son nom à la liste des maîtres de carrières d’Arquennes, dont certains s’étaient déjà distingués au cours des siècles précédents, ainsi qu’en attestent les pierres fournies par les Lenglez, pour la cathédrale Saint Bavon à Gand, celles de la chapelle Notre-Dame de Bon Conseil, le monument de la famille del Fontaine devant l’église, de même que les magnifiques pierres tombales sculptées que nous voyons encore à l’intérieur et au dehors de l’église.

Ses commencements furent très modestes, car sa bourse ainsi que celles de ses émules, ne lui permettaient pas de faire de grandes entreprises.

Le 11 mars 1799, Nicolas Dubois épousa à Seneffe, Françoise Moreau, fille de François et de Anne Dominique Surquin.

Aussitôt qu’il fut débarrassé des premières entraves que le manque de fonds apportait à son activité, il se fit par ses talents une réputation si brillante que les plans des architectes les plus connus et les plus suivis, affluaient dans ses ateliers.

Une des premières institutions qu’il fit, fut un atelier d’apprentissage qu’il dirigeait lui-même, avec un excellent ouvrier nommé Bataille. Bientôt quelques jeunes ouvriers formés à cette école l’aidèrent dans ses entreprises. Il existait encore à cette époque un préjugé qui soutenait qu’on ne pouvait ciseler la pierre bleue comme on le faisait pour la pierre blanche de France. La grande et unique préoccupation de Dubois fut de trouver le moyen de donner aux gros ciseaux employés depuis toujours par nos tailleurs de pierre une trempe permettant tout en réduisant l’épaisseur des ciseaux et autres outils, de pouvoir faire dans la pierre bleue, cette belle, droite et fine ciselure que nous admirons et que l’on continue toujours à pratiquer.

Pour obtenir ce résultat, Nicolas Dubois fut puissamment secondé par un de ses amis d’enfance nommé Philippe Colinet, maréchal-ferrant, habitué à réparer les outils des tailleurs de pierre. Guidé par les conseils de Dubois et Colinet, on arriva à trouver une trempe des outils leur permettant de travailler la pierre d’Arquennes aussi facilement que la pierre blanche, et d’exécuter toutes les moulures et les sculptures désirées.

Depuis lors le préjugé fut aboli et la pierre de France fut détrônée.

Doué d’une activité sans égale, N. Dubois donnait à ses ouvriers des règles aussi simples qu’efficaces pour apporter dans la confection des ouvrages qu’il leur demandait, cette précision et cette élégance de taille, qui porta pendant trente ans dans toute la Belgique, la réputation des carrières d’Arquennes.

Jaloux de l’honneur de cette réputation jusqu’à l’oubli de ses intérêts, on le vit quelques fois s’armer d’un gros marteau de rocteur et briser sous les yeux de l’ouvrier la pierre dont le travail n’avait pas été soigné.

Généreux, libéral et connaissant à fond son industrie, il faisait ses affaires en faisant aussi celle de ses ouvriers qui n’avaient jamais été aussi bien payés pour leur travail.

Il est curieux de constater combien d’ouvriers tailleurs de pierre, venant de Feluy, de Marche et même des Ecaussinnes, vinrent se fixer à Arquennes pendant cette période de transformation du travail de la pierre dans les ateliers de Nicolas Dubois. La population du village qui en 1785 était de 1172 âmes, était passée à 1528 en 1800.

Hardi, entreprenant, ses amis le taxaient quelques fois d’imprudent, en le voyant s’engager dans des travaux, semblait-il, au dessus de ses forces. Il était à ce point identifié avec sa profession, qu’il apercevait d’un coup d’œil, les facilités, les avantages et les bénéfices de l’entreprise la plus compliquée et la plus importante.

Les pierres des grands bassins du port d’Anvers, création de Napoléon 1er, furent livrées par lui, et ce fut le fondement de cette fortune qu’il acquit par la suite et qui paya si largement son intelligence et son activité.

Une série de grands ouvrages le tint en haleine jusqu’à la fin de ses jours, entre autres l’Hôtel des Monnaies à Bruxelles : l’aile gauche du palais des Etats généraux ; le palais de Tervueren ;

Nicolas-Joseph Dubois décéda le 17 mai 1825, unanimement regretté de tous ses concitoyens, laissant deux fils, Joseph qui fut bourgmestre d’Arquennes de 1825 à 1848, et Jean-Baptiste, lesquels continuèrent cette industrie de la pierre qui avait été complètement renouvelée par leur père.



REMY BAyot

Rémy Bayot, fils d’Auguste et de Stéphanie Paternotte, né à Arquennes le 31 mai 1846, étudia la musique sans le secours d’aucun maître. Il débuta dans la fanfare « Les Echos des carrières d’Arquennes » en battant la grosse caisse. Il étudiait le petit bugle, dont il fit son instrument favori.

Ses dispositions musicales l’engagèrent à étudier la composition. Il fut remarqué par M. Panne, chef de musique des carabiniers, qui le fit admettre en 1889 au conservatoire royal de Bruxelles où il devint bientôt l’un des meilleurs élèves de la classe d’harmonie, dirigée par M. Charles Bosselet.

M. Panne lui donna en même temps des leçons d’instrumentation et d’orchestration. Malheureusement la mort de son père le força d’abandonner le conservatoire pour reprendre les affaires de sa famille, mais Rémy Bayot n’abandonna pas ses chères études et en 1871, il fut nommé directeur de la société chorale de Feluy. Il se révéla bientôt comme un chef de grande valeur et dès ce moment les principales sociétés musicales de la région se disputèrent l’honneur de posséder le jeune maître à leur fête.

Il fut successivement nommé directeur de la fanfare « Les Echos des carrières d’Arquennes », du Cercle musical de Feluy, des « Fanfares de Ronquières », des « Amis de la Liberté » d’Ittre, de l’Harmonie de Feluy, de la fanfare « Les Travailleurs réunis » à Ittre et des « Fanfares de Lillois »

En même temps que directeur de mérite, M. Bayot se fit remarquer comme compositeur de talent  et il est  bien peu de sociétés musicales en Belgique et en France qui n’aient exécuté quelques unes de ses œuvres.

Rémy Bayot a pris part à de nombreux concours de composition tant en Belgique qu’à l’étranger et partout ses œuvres ont été classées en première ligne. Parmi ses principaux succès nous citerons le grand prix d’honneur qu’il obtint au concours  de théorie de l’académie du Hainaut et le grand prix d’honneur qu’il remporta au concours spécial de l’académie Lamartine avec une fantaisie pour harmonies et fanfares, sur un sujet imposé.

Membre d’un grand nombre d’académies et de sociétés savantes de Belgique, de France, d’Italie, de Suisse et d’Espagne, M. Bayot a été créé Chevalier de l’Ordre royal de Sainte-Catherine du Mont Sinaï[1].



LES FRÈRES SIBBRECHT

Nous évoquerons ici le peintre Jean et son frère Gérard Sibbrecht, sculpteur

Pendant les guerres de religion  du XVIe siècle, le village de Baulers qui avait été incendié en 1588 fut presque entièrement abandonné par les quelques habitants qui y résidaient encore. Parmi ceux-ci se trouvait Nicolas Sibbrecht, époux de Rosine Le Geve, fille du seigneur de Baulers et sœur de Marguerite, mariée à Jean Hanicq, maître de carrière à Arquennes. Sa femme étant décédée et n’ayant qu’une fille nommée Anne, Nicolas Sibbrecht vint à Arquennes et le 4 juin 1599, loua devant les échevins d’Arquennes, les bâtiments de l’ancien hôpital[2].

En 1601, il épousa en secondes noces Marguerite Hanicq, fille d’Antoine et de Jeanne Nopère. De ce second mariage naquirent trois enfants ; Jean, Gérard et Marguerite.

Peu après son mariage et après la mort de Jeanne Nopère, veuve d’Antoine Hanicq, Nicolas Sibbrecht habita la maison héritée de ses beaux-parents[3], sur la place d’Arquennes dite l’hostellerie de l’Ange. C’est dans cette maison que sont nés les deux frères Sibbrecht, Jean en 1601 et Gérard en 1604.

Devenus adultes, ils embrassèrent la profession de tailleurs de pierre dans les chantiers de leur oncle Jean Hanicq. Celui-ci en plus du maniement des outils, leur donna les premières notions de dessin.

Jean Sibbrecht

Jean, montrant de belles dispositions pour la peinture, abandonna le métier de tailleur de pierre pour s’adonner à son art de prédilection dans lequel il se fit bientôt un renom.

A cette époque, vers 1650, il existait également sur la grand place d’Arquennes une très jolie habitation de style espagnol, précédée d’un beau jardin d’agrément, c’était la demeure de la famille Lenglez du chastel. Jean Lenglez, seigneur du Chastel était le bailli du comte Gérard de Hornes, seigneur d’Arquennes. Un de ses fils, nommé Michel, entra dans l’Ordre des Frères mineurs, Récollets de Saint-François, à Namur. Ami d’enfance de Jean Sibbrecht et connaissant le talent de peintre paysagiste de son camarade de jeux, pria le directeur de l’Ordre d’inviter Jean Sibbrecht à venir faire la décoration de l’église, aujourd’hui église Saint-joseph, rue de Fer à Namur, qui fut bénie en 1660.

Il devint ainsi l’auteur de grands et magnifiques paysages qui décorèrent la nef de l’église conventuelle[4].

Le 31 août 1662, à la veille d’un départ pour Rome, Jean Sibbrecht fit son testament, craignant disait-il de mourir ab intestat, parmi les périls et les fâcheries d’un si long voyage[5]. Dans ce testament, cet artiste se qualifie « jeune homme, peintre, natif d’Arkenne en Wallon Brabant, travaillant à Namur, âgé de cinquante huit ans ». Il disposait déjà d’un certain avoir, car deux ans auparavant, il avait prêté 800 florins aux Carmes, fort endettés par leurs bâtisses. Cette somme serait aussitôt à rembourser à une créancière  du couvent, Anne Wilmart, veuve Warnotte de la Bouverie[6].

En compensation, les religieux qui pourvoyaient au logement de Sibbrecht, lui assurèrent une rente annuelle de 50 florins.

Parti pour la ville éternelle, comme de nombreux autres artistes de son temps, il n’y fit qu’un court séjour et après avoir séjourné quelques jours à Lyon chez son frère Gérard, il était de nouveau à Namur en 1664.


Les Carmes continuèrent à payer ses frais d’entretien car nous trouvons qu’en 1668, ils ont payé à Marie Gouverne, béguine du béguinage de Saint-Aubin, lavandière des Carmes, dix florins pour le linge de Sibbrecht[1].
Par ce même testament, il léguait la généralité de ses biens à Georges et Jenne Sibbrecht, enfants de feu Gérard et de damoiselle Jenne Julio, sa compagne, ses neveu et nièce et belle-sœur, demeurant à Paris, ainsi qu’à Barbe Marchand, aussi sa nièce, fille de Rémy Marchand et de Marguerite Sibbrecht, sa sœur, cultivateurs à Scoumont sous Arquennes.
Jean Sibbrecht séjourna la plus grande partie de son existence dans le cloître des R.P. Récollets à Namur, où il décéda et y fut inhumé.
Les entre pilastres de l’église de ce couvent sont remplis par de grands tableaux ou paysages exécutés par cet artiste de talent et révèlent un excellent goût.
Gérard Sibbrecht
Quant à Gérard Sibbrecht, frère du peintre, il voyagea également pour se perfectionner dans son métier de sculpteur. D’abord il séjourna à Gand, puis à Paris, où il épousa Jenne Julio et alla se fixer à Lyon.
Après avoir laissé dans cette ville et dans les environs des œuvres encore admirées de nos jours, il décéda en 1665 et repose dans cette ville[2].
De son mariage avec Jenne Julio, il eut deux enfants ; Georges et Jenne. Après la mort de son époux,  Jenne et ses enfants retournèrent à Paris, où Georges, son fils, devint également un sculpteur renommé.
Il contribua sous le règne de Louis XIV à l’ornementation du palais de Versailles de 1672 à 1682[3].
Gérard Sibbrecht était plus connu sous le nom de Gérard le wallon.
Un acte daté du 12 septembre 1682 signale :
« Par devant le mayeur et les échevins d’Arkenne, comparurent Georges Sibbrecht, âgé de 28 ans, en vertu de la procure de Jeanne Julio, sa mère et Marguerite Sibbrecht, sa sœur suffisamment âgée.
Ledict Sibbrecht connoist avoir reçeu de Mathias Boulouffe et Norbert Boulouffe avecq François Maghe, à titre de Jeanne Boulouffe, sa femme, seconds comparants, le capital et arrierages d’une rente de 12 florins qu’ils avoient droict de recevoir sur la maison et hostellerie de l’Ange sur la place d’Arkenne.
Signé les échevins Jean Lis et Jean del Fontaine, le vieil»
Un autre texte prouve aussi la possession de l’hôtel de l’Ange :
Le 11 juin 1641 « Marguerite Hanicq, veuve de Nicolas Sibbrecht a loué pour un terme de six ans à Siméon Pasquette sa maison et hostellerie de l’Ange, sur la grand place d’Arquennes


[1] Idem, f° 27 et 37v°
[2] AUDIN et VIAL, Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de France, Paris, 1919, t.2,, p.45.
[3] S. LAMY, Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art de l’école française, règne e Louis XIV, p. 62.


[1] Extrait du Bulletin de l’Académie du Hainaut, par C. Petit.
[2] AE.M. Greffe scabinal d’Arquennes, document disparu
[3] Partage des époux Hanicq-Nopère, acte du 22 février 1601
[4] Namurcum, 7e année, 1930, p.14.
[5] A.E.N. Minutes du notaire Berton
[6] A.E.N. Minutes du notaire Berton, liasse 1, en date du 29-4-1661.

jeudi 7 mars 2019

A PROPOS DU CANAL DE CHARLEROI A BRUXELLES


A PROPOS DU CANAL DE CHARLEROI A BRUXELLES



Inauguré le 25 septembre 1832, le canal de Charleroi à Bruxelles devient un bon pourvoyeur d’emplois pour les habitants de nos villages.

Certains deviennent  « éclusiers-cabaretiers » et profitent ainsi des temps d’attente imposés aux écluses.

LES BATEAUX DITS « SABOTS »

Les bateaux sont immatriculés dans les communes choisies comme port d’attache par leur propriétaire

À Feluy, entre 1832 et1860, une vingtaine de bateau sont enregistrés[1].

Liste des bateaux parcourant le canal de Charleroi-Bruxelles

Date    Bateau                            propriétaire              Chargement                Tonnage

1834    « Capitaine »                 Pède Louis              Charbon                      50 tonneaux

            « Marie-Louise »           Capitte Ferdinand[2]                                  50 tonneaux

            « Julia »                                                                                             56 tonneaux

            « Victoire »                                                                                       55 tonneaux

            « Alfred »                                                                                          53 tonneaux

            « Célina »                                                                                          48 tonneaux

            « Gustave »                                                                                       53 tonneaux

            « Joachim »                                                                                       47 tonneaux

            « Auguste »                                                                                      47 tonneaux

            « Victorine »                                                                                     46 tonneaux

1836    « Albertine »               Pède louis                   Charbon                      50 tonneaux

            « Laurent »                 Pède Louis                 Charbon, pierres         50 tonneaux

1839    « Les Deux frères »    Damne Joseph[3]          

1840    « Alexandre »             Chappenet Narcisse[4]             

1841    « Neptune »                Soc. Bascoup[5]            Charbon

            « La Confiance »        Soc. Bascoup                Charbon

            « L’Union »                Soc. Bascoup                Charbon

            « Jules »                      Soc. Bascoup                Charbon

« Victor »                    Soc. Bascoup                Charbon

« Corsaire »                Soc. Bascoup                Charbon

« Loyauté »                Soc. Bascoup                Charbon

1845    « Joséphine de            Watteau Jean-Baptiste Charbon, chaux        56 tonneaux

Fontaine l’Evêque »                                                                         

1846    « Désirée »                                                                                         58 tonneaux

            « Louise de Virginal » Watteau Jean-Baptiste    Charbon                 58 tonneaux

            « Rosalie »                                                                                         57 tonneaux

1848    « Petit bonheur           Manche Augustin[6]      Charbon, pierres       70 tonneaux

de Ronquière »

1853    « Léopold »                                                                                        53 tonneaux

1856    « Camille »                 Deltenre Napoléon[7]    Charbon

            « Godefroid de            Deltenre Napoléon        Charbon

            Bouillon »

            « Charles-Quint »       Deltenre Napoléon        Charbon

1858    « Jeune Pauline »                                                                              56 tonneaux

            « Quatre frères »                                                                               56 tonneaux

1860    « Siméon »                                                                                        59 tonneaux

1863    « Jeune Henriette »                                                                           58 tonneaux

A partir de 1865, on compte un fléchissement du service des bateaux locaux il n’y seulement que les sabots « Désirée », la « Jeune Pauline » et la « Jeune Henriette » qui assurent encore un service des plus réduits.

Ces bateaux servent essentiellement au transport des pierres de taille vers Bruxelles et à l’enlèvement du charbon des mines de Mariemont et Bascoup,  stocké au Rivage de Mariemont à Seneffe, proche du pont du Blocus.

LES BATELIERS

Beaucoup de bateliers vivent dans leur bateau appelés sabots.

Seuls les bateaux d’un tonnage inférieur à 70 tonnes peuvent emprunter le canal. Ces bateaux appartiennent à des familles aisées qui louent le plus souvent à des pères de familles nombreuses qui disposent d’une main-d’œuvre gratuite pour le halage de leur péniche dont le déplacement dépend de la traction humaine.

L’arrêté royal du 28 juin 1833 stipule :

« Défense à tous les bateliers d’augmenter l’immersion de leurs bateaux au-delà de la ligne inférieure de la plaque de jauge, de charger des objets dangereux ou insalubres, de naviguer avec deux ou plusieurs bateaux en remorque, ou de rompre, en aucun cas, l’ordre de la navigation, sans autorisation expresse des gouverneurs.  

Il est défendu aux bateliers de stationner, sous aucun prétexte, à moins de 40 mètres des écluses et pont et dans la galerie souterraine.

Le droit de navigation dû pour l’usage du canal se perçoit au passage des bateaux dans chaque bureau de perception :

-          à raison de leur tonnage déterminé par le procès-verbal de jauge

-          en outre, à raison de leur chargement réel, indiqué par le nombre de demi décimètre de leur immersion.

 Les bureaux de perceptions sont établis, le premier à la première écluse de Dampremy ; la seconde à la 14e écluse à Seneffe ; le troisième à la 46e écluse à Clabecq, et le quatrième à la porte de Ninove à Bruxelles

En 1851, les bateliers Ferdinand Maloux et Louis Duprez, sont récompensés car au péril de leur vie, ils ont sauvés plusieurs personnes que l’inondation menaçait d’une mort certaine.

LE HALAGE

Le halage des bateaux est d’abord réglementé arrêté des Etats du Hainaut en date du 12 novembre 1832, proposé par l’ingénieur Vifquain :

Art.1. Le halage sur le  canal sera effectué par des hommes ; cependant il sera facultatif aux bateliers de faire tirer leurs bateaux dans le souterrain par des chevaux.

Art. 2. Le batelier est entièrement libre de prendre ses haleurs où bon lui semble, par convention amiable.

Art. 3. Le halage d’un bateau à charge se fera par deux hommes au moins, qui marcheront d’un pas actif et régulier ; le bateau à vide ou chargé de moins de 10 tonnes pourra être halé par un seul homme.

Art. 4. Les bateaux ne pourront marcher :

   Pendant le mois de janvier que de 7heures du matin à 5 heures du soir.

                        «        février  «         6h½              «       à 5½            « 

                        «        mars      «        6h                 «       à 6h             « 

                        «        avril      «        5h                 «       à 7h             « 

                        «        mai       «        4h½              «       à 7h½          « 

                        «        juin       «        4h½              «       à 8h             « 

                        «        juillet     «        4h                 «       à 8h             « 

                        «        août       «        4h½              «       à 7h½          « 

                        «        septembre       5h                 «       à 7h             « 

                        «        octobre           6h                 «       à 6h             « 

                        «        novembre       7h                 «       à 5h½          « 

                        «        décembre        7h                 «       à 5h             « 

Art. 5. Aucun bateau ne pourra devancer celui qui le précède, à moins que celui-ci ne s’arrête.

Art. 6. Le passage du souterrain sera ouvert aux bateaux dans les deux directions suivant l’ordre de leur arrivée. La marche des bateaux se succédant dans le même sens ne pourra se prolonger plus de deux heures, au bout desquelles la marche en sens contraire sera libre.

Dans le cas où deux bateaux arrivent en même temps, la préférence sera donnée au bateau vide.

Art. 7. L’ordre et la police du halage seront maintenus sur le canal, dans la province de Hainaut, par deux chefs surveillants résidant sur leur ligne respective, placés sous les ordres de l’ingénieur en chef de la province ; un garde sera affecté au souterrain, sous le chef de cette partie du canal.

Le halage est réglementé ensuite par l’arrêté royal du 28 août 1838, en voici des extraits :

Le halage des bateaux sur le canal de Charleroi fera l’objet d’une entreprise publique.

Cette entreprise sera adjugée publiquement, d’après un cahier de charge arrêté par le Ministre des Travaux publics (Notomb), et déterminant les droits et obligations tant de l’entrepreneur que des bateliers

Le halage des bateaux sur le canal de Charleroi est confié à un entrepreneur

Les principales obligations de cet entrepreneur sont

-          d’avoir constamment pendant les heures de navigation et à chaque station, les hommes ou les chevaux nécessaires pour que tout bateau soit halé sans retard.

-          De faire le halage soit par des hommes, soit par des chevaux, au pas, d’une manière active, régulière et sans interruption.

-          De fournir, avant l’approbation de l’adjudication, un cautionnement en numéraire de 20.000 Fr. Il sera restitué au terme de l’entreprise.

-          L’entrepreneur aura le droit de faire le halage à l’exclusion de tout autre

-          Sous le rapport de halage le canal est divisé en 10 relais :

Le 1er, de la 1ère écluse à Dampremy au pont de la Ferté

Le 2e, du pont de la Ferté à la 11e écluse, à l’Hutte.

Le 3e, de la 11e écluse, à l’entrée du souterrain

Le 4e de l’entrée du souterrain à la 18e écluse, à Seneffe.

Le 5e, de la 18e écluse à la 29e écluse, à Feluy

Le 6e, de la 29e écluse à la 41e écluse, limite du Brabant.

Le 7e, de la 41e écluse à la 45e écluse, à Clabecq

La 8e, de la 45e écluse à la 49e écluse, à Buysingen.

La 9e, de la 49e écluse à la 52e écluse, à Ruysbroeck

La 10e, de la 52e écluse à la 52e écluse, à Bruxelles.

Le halage se fera par chevaux, de la Sambre au souterrain ; au moyen d’hommes du souterrain à la 40e écluse, commune de Ronquières, et, par chevaux, de ce point à Bruxelles.



[1] Voir l’article de D. MASSART, Vente de bateaux. Droit de patente pour bateaux et location d’un quai dans la première moitié du XIXe siècle, dans bulletin de la S.R.H.F.E.S. n° 2, 1995.
[2] Vente du 6-8-1833, par Lecomte Donat-Joseph, batelier à Pont-à-Celles, à F. Capitte, négociant à Seneffe
[3] Vente du 11-11-1839 par Adrien et Napoléon-Jh. Tainsy, tailleurs de pierre à Arquennes, à Joseph Damne, batelier à Dampremy
[4] Vente du 13-5-1840, par la société «  A. Legrand et Cie » de Mons, à Chappenet Narcisse-Gabriel, receveur des droits de navigation à Seneffe.
[5] Vente du 7-6-1841, Maximilien Bailly, négociant à Fayt, vend à Abel Warocqué, au nom de la société charbonnière de Bascoup.
[6] Vente du 13-11-1848, Nicolas Goyens, batelier à Ronquières, vend à Augustin Manche, journalier à Trivières.
[7] Vente du 30-10-1856, de ces trois bateaux par Maurice et Lucie Charlé pour Napoléon-Joseph Deltenre, comptable du charbonnage de Mariemont.


jeudi 24 janvier 2019

A PROPOS DE LA RÉSISTANCE ET DU GROUPE G.


A PROPOS DE LA RÉSISTANCE ET DU GROUPE G.

La publication des faits d’arme de la Résistance dans notre région, publiées par M. Robert Cotyle[1] peut être complétée par la relation que fit le Commandant  de la  Brigade Spéciale, E. Orban, le 22 septembre 1946. Ce texte nous a aimablement prêté par M. Stéphan Libert, d’Arquennes, provenant de son grand-père, M. Paul Libert, héros de la Résistance[2], qui était membre du Groupe général de sabotage, région IV, brigade spéciale de Luttre :

« Principaux sabotages de la Brigade Spéciale de Luttre du « G.  War office »

Service de renseignements

Recueillement de tous renseignements pouvant être utiles à la cause alliée (Convois circulant sur les routes et par chemin de fer).

Récupération d’armes et munitions

Des armes abandonnées au cours de la campagne de 140 ont été récupérées et mises en état de pouvoir être utilisées en moment opportun.

Transport d’armes, de munitions et d’explosifs-

Les armes, munitions et explosifs de diverses provenances ont été mis en lieu sûr afin d »échapper aux services de recherches ennemis.

Sauvetage d’un dépôt d’armes de l’A.S. – B/10.

Un dépôt d’armes de l’A.S. (Armée secrète) B/10., situé dans les bois de Feluy et sur le point d’être découvert par les Allemands, fut sauvé par nous quelques instants avant l’arrivée des boches (trop bien renseignés sur le lieu et l’existence du dépôt).

Fourniture d’armes et de munitions

Plusieurs groupements de la région ont été pourvues par nos soins, d’armes et munitions diverses.

Aide aux réfractaires et familles éprouvées

De nombreux réfractaires et familles de prisonniers ont été ravitaillées par nous en vivres et secours de toutes espèces permettant l’envoi de colis à leurs prisonniers.

Destruction des dossiers  de la C.N.A.A.

Les dossiers de la C.N.A.A. (Corporation Nationale d’Agriculture et d’Alimentation)[3] intéressant les communes de Luttre et de Pont-à-Celles ont été détruits.

Sabotage des services de ravitaillement au détriment de l’économie allemande

-          de décembre 1941 au 8 février 1944 : distributions de 1463 cartes de charbon au lieu de 700 prévues pour la commune de Luttre

-          Distribution de cartes de tabac au profit des 39 prisonniers  et réfractaires de la commune de Luttre

-          Distribution de bons supplémentaires de chaussures à la population nécessiteuse et des enfants de prisonniers

-          Distribution de bons de chaussures pour les prisonniers russes évadés et pour les besoins des différents groupements de résistance

-          Falsification des plans de culture (1941-42-43) permettant la distribution de froment à la population

-          Incendie de colza, lin et paille sur les champs et dans les wagons de chemin de fer stationnant en gare de formation.

Enlèvement des registres de population

Les registres de la population de Luttre et Pont-à-Celles ont été enlevés afin d’empêcher les investigations de la Werbestelle[4].

Contrefaçon de cartes d’identité et de travail

Des cartes d’identité contrefaites ont été distribuées aux réfractaires et illégaux recherchés par les autorités allemandes.

Hébergement et soins prodigués à des aviateurs alliés

Plusieurs aviateurs alliés, tombés au dessus des territoires occupés, ont été hébergés  et soignés par nous, avant d’être dirigés sur les organismes s’occupent spécialement d’eux.

Récupération de fonds au détriment des Allemands

Les fonds nécessaires au soutien des réfractaires, illégaux, familles de prisonniers et familles nécessiteuses, aide au œuvres de la Croix Rouge ainsi qu’aux besoins du groupe, ont été récupérés au détriment de l’ennemi.

Aide aux prisonniers russes

A de nombreuses occasions nous avons facilité l’évasion de prisonniers russes des camps de Marchienne-au-Pont et des environs Ces prisonniers ont été hébergés par nos soins.

Fabrication de clous réversibles

Plus de 20.000 clous réversibles à pointes multiples ont été fabriqués pour les besoins des différents groupements de résistance Ces clous, semés sur les routes utilisées par les convois ennemis, retardaient considérablement l’acheminement de ceux-ci en provoquant la crevaison des pneus.

Malfaçons dans les réparations des locomotives

De nombreux membres du groupe, travaillant à l’arsenal de Luttre,  ont saboté les réparations des locomotives.

Fabrication de matériel de sabotage

En pièces détachées, les bombes et matériel nécessaires pour l’exécution des sabotages ont été fabriqués à l’arsenal de Luttre, il en fut de même pour le blindage de nos véhicules.

Provocation de fausses alertes

Afin de détourner les ouvriers de leurs travaux, de nombreuses fausses alertes ont été provoquées par un membre du groupe qui, précisément, était chargé du système d’alertes.

Destruction de scies

Au moment de l’exécution de commandes allemandes, les scies des grandes scieries « Dubois » de Trazegnies ont été détruites, retardant de ce fait la livraison à l’ennemi.

Destruction de matériel de signalisation

A de nombreuses reprises, les appareils de signalisation des chemins de fer ont été mis hors d’usage.

Sabotage du matériel

De nombreux wagons de chemin de fer contenant du matériel divers tel que : réservoirs à essence, mitrailleuses d’avions, moteurs d’avions et électriques etc. ont été savamment déplombés, le matériel détruit et après coup, les wagons replombés.

Destruction de foreuses de grande précision

Huit foreuses électriques de grande précision, destinées aux ateliers « Junkers » de Courcelles ont été mises hors d’usage.

Destruction d’appareil et installations téléphoniques

Les appareils et installations téléphoniques utilisés par les boches ont été détruits à plusieurs reprises.

Destruction des freins Westinghouse

Les boyaux des friens Westinghouse des wagons ont été sectionnés à différentes reprises en gare de formation de Luttre et Charleroi-Sud, d’où retard considérable dans l’acheminement des convois.

Sabotage du matériel électrique

Les installations électriques du pont roulant, de la plaque tournante, de la pompe à eau, de la gare de Luttre ont été sabotées à plusieurs reprises.

Avaries aux wagons du chemin de fer

De nombreux wagons en stationnement dans les gares de formation de Luttre et Charleroi-Sud, ont été sabotés au moyen de poudre émeri versée dans les coussinets.

Envoi de wagons dans de fausses directions

De fausses étiquettes, collées sur les originales ont permis l’envoi de wagons dans d’autres destinations que celles indiquées, d’où retard considérable dans l’expédition et surtout réception des marchandises

Sabotage des ordres de la Weberstelle

La Weberstelle réquisitionnant la main-d’œuvre belge pour l’Allemagne, bous avons tout mis en œuvre pour camoufler le plus d’ouvriers possible atteints par ces mesures arbitraires.

Désarmement de soldats allemands isolés

Plusieurs soldats allemands isolés ont été désarmés par nos hommes Ces armes sont venues à point pour équiper quelques saboteurs.

Délivrance de prisonniers politiques

Plusieurs membres de la Résistance ayant été arrêtés dans la rafle d’Ecaussinnes-Lalaing, nous avons réussi à en faire relâcher quelques uns.

Répression contre les traîtres dénonciateurs

Plusieurs individus de cette catégorie ont été mis hors de nuire étant donné les actes de dénonciation commis à l’égard des réfractaires et des patriotes recherchés par les Allemands.

Répression contre les collaborateurs

Nous avons averti plusieurs chefs d’usines et contremaîtres, qui poussaient leur personnel à la production pour l’ennemi, d’avoir à cesser toute activité funeste à la cause alliée Qu’au cas où bonne note ne serait pas prise de nos avis, des sanctions seraient prises à leur égard.

Répression contre certains membres de la police et du ravitaillement

Certains membres de la police, du ravitaillement et de chemins de fer se signalaient par un excès de zèle inconsidéré, nous les avons avisés d’avoir à cesser toute activité de ce genre.

Sabotages exécutés aux Ateliers de Construction de Familleureux

-          démontage en septembre 1940, des installations pour la fabrication d’obus, après que les Allemands eurent manifesté leur intention de faire continuer cette fabrication

-          vente en janvier 1941, de 93 moteurs Chevrolet modèle 1940, après saisie par les Allemands de tous les organes entrant dans la fabrication des tracteurs, pour éviter la réquisition de 93 tracteurs correspondants

-          sabotage en mars 1941, d’un lot important de pièces d’aviation fournies par les Allemands et dont ils avaient imposé le parachèvement

-          Mise à la mitraille en juin 1941, de 30.000 obus de 75 DTCA après prise par les Allemands de 5 échantillons de ces obus choisis dans différents stades d’avancement

-          Sabotage de mai 1941 à octobre 1942 de 331 petits tracteurs faisant l’objet de réquisition régulière et fournis non rodés tandis que les Allemands fournissaient l’essence nécessaire

-          Refus d’exécuter les ordres suivants :

9 janvier 1940 - 300 wagons pour la deutsche Reichsbahn

1er mars 1940   - 133 wagons pour la Bulgarie

22 mars 1940   - 300 wagons pour la Suède.

Ces deux dernières commandes en l’absence des attestations certifiant la destination finale des wagons

Février 1941   - la commande de pièces mécaniques diverses

Mars 1942      - 400 wagons

Avril 1942      - 750 à 1500 tracteurs

Juillet 1942    - Lot de pièces mécaniques diverses

Octobre 1942 - Obus pour canons de 155 français

Janvier 1943  - 350 wagons

Mars 1944     -  Pontons et lot de pièces mécaniques diverses

Mai 1944       - 300 et 480 wagons

                         Transformation de wagons fermés SNCB en wagons forges et wagons

                         couchettes

 Novembre 1942 à mars 1943 - soustrait 110 ouvriers au STO en Allemagne

                                                  soutien de 52 réfractaires        

Mai 1944 à juillet 1944 – soustrait de 9 otages et prisonniers politiques à la déportation

                                          dans les camps de concentration allemands

Principales destructions opérées par la brigade

30-7-1943. Gare de Charleroi-Sud

Deux moteurs ont été détruits par explosion dans les sous-stations électriques de la gare.

10-11-1943. Gouy-lez-Piéton

Sabotage d’un poste à 70.000 volts et celui de 50.000 volts, de la Centrale.

Ce sabotage fut effectué en vue d’arrêter l’envoi de courant à haute tension  vers la Rhur. Nous avons effectué la vidange d’huile de deux autres transformateurs non en service, perte de 60.000 litres d’huile.

La cabine de 6.000 volts fut laissée intacte afin de ne pas priver la population d’éclairage et d’eau, la pompe du château d’eau étant alimentée par cette station.

De plus, le poste étant gardé, nous avons récupéré un fusil de chasse et les cartouches d’une camionnette se trouvant sur les lieux.

12-11-1943. Roux

Les portes d’aval de l’écluse n° 4 du canal, ont été mises hors service par explosion. Cet objectif était gardé par des civils.

30-11-1943. Luttre

La pompe d’alimentation d’eau des bassins de la gare a été complètement détruite. De ce fait, la remise des locomotives, la gare et l’atelier de réparations et dépendances ont été dépourvus d’eau.

15-12-1943. Luttre

Les grosses pompes et les moteurs auxiliaires se la sous-station  d’alimentation de l’écluse n° 11 du canal ont été détruits. Les portes de l’écluse, avariées, l’eau baisse de 80 cm dans les biefs de partance, d’où retard considérable de l’acheminement des péniches de transport.

A partir de ce moment, la garde des écluses est assurée par les boches.

26-12-1943. Roux

Bien que la garde de l’écluse n° 4 était assurée par les « Fridolins », le sabotage des portes d’amont a été parfaitement réussi.

22-1-1944. Luttre

Destruction des bassins 1-2 et 3 des bassins d’alimentation en eau de la gare de Luttre, de la plaque tournante et du moteur de la machine fixe à lever les locomotives.

29-1-1944. Luttre

Au cours de notre action du 22 janvier, le bassin n° 3 n’avait été que partiellement endommagé, nous avons procédé à sa destruction complète ainsi qu’à la mise hors service de la pompe d’alimentation, cette dernière pour la 3e fois.

29-1-1944. Gare de Charleroi-Sud

Tandis qu’une équipe opérait à Luttre, une autre procédait à la mise hors service de l distribution d’eau de la gare de Charleroi-Sud. Une vanne de dérivation  fut détruite, toute la distribution d’eau arrêtée à la remise aux locomotives, la gare et les dépendances.

31-3-1944. Gouy-lez-Piéton

Au laminoir, destruction complète des machines, des trains de laminoir, des fours.

Au cours de l’enquête effectuée par la Felfdgendarmerie, les Allemands ont déclaré que ce sabotage était l’un des plus importants de Belgique.

7-4-1944. Thiméon

Au laminoir, destruction complète des trains de laminoir, de la centrale électrique, des planeuses, et des moteurs auxiliaires. Quelques petites machines de moindre importance ont été laissées intactes afin d’éviter l’envoi du personnel à la Weberstelle. Ce sabotage fut effectué au moment de la relève du personnel. 50 hommes ont dû être maintenus afin de ne pas donner l’alerte.

14-4-1944. Baulers

Sabotage de la cabine électrique de la gare

15-4-1944. Luttre

Sabotage de la cabine électrique de la gare, gardée par la « Garde wallonne » Pris des ares de celle-ci.

13-6-1944. Manage

Sabotage du pont de chemin de fer de la ligne Piéton-Manage .

18-5-1944. Obaix

Un avion allié fut touché au cours d’un combat par la D.C.A.

Les deux aviateurs sautèrent en parachute aux environs d’Obaix. Malgré les nombreuses patrouilles effectuées par les Allemands afin de découvrir les aviateurs en détresse, nous nous sommes rendus en voiture et, plus heureux que les boches, nous avons découvert les pilotes cachés dans un champ de blé.

Nous les avons ramenés à nitre P.C., où ils ont été soignés et bien camouflés jusque peu de temps avant la libération.

22-6-1944. Gouy-le-Piéton

Destruction du bateau-citerne « Vevey ». Perte pour les Allemands de 200 tonnes de benzol.

15 et 25-7-1944. Obaix

Déraillement de trains militaires sur la ligne Bruxelles-Charleroi

19-8-1944. Luttre et Trazegnies

Après l’assassinat du bourgmestre rexiste du Grand Charleroi, O. Englebin[5], les commandants des brigades de gendarmerie de Luttre et de Trazegnies ont sollicité des renforts de notre groupe, en vue d’assurer la protection des gendarmes  et de leurs familles contre les représailles des tueurs de Rex qui, à cette époque, mirent la région de Charleroi à feu et à sang.

Notre groupe fut divisé en deux sections et chaque détachement prit position à l’intérieur et aux alentours des gendarmeries visées, mais rien ne s’est produit, heureusement pour Rex et ses séides, car la réception n’eut pas été celle qu’ils attendaient.

21-8-1944. Seneffe

Participation à la destruction du pont de chemin de fer de « Soudromont » sur la ligne de Manage à Baulers. En nous rendant à Seneffe pour effectuer ce sabotage nous sommes entrés en contact avec l’ennemi (voiture occupée par cinq gestapistes). Le combat fut court mais très violent. Nous nous en sommes tirés sans aucune perte, mais il n’en fut pas de même pour les « fridolins » qui ont laissé trois des leurs sur le carreau, les deux autres se sont enfuis en voiture.

Après cet engagement, l’alerte étant donnée, nous avons rebroussé chemin.

Le 27 août, nos camarades de Seneffe sont venus chercher les deux bombes de notre fabrication, et plus heureux que nous, ont réussi cet important et dangereux sabotage.

Au moment où le pont sautait, un train de troupe et matériel s’y était engagé, seule la locomotive et 5 wagons avaient franchis l’ouvrage. Le restant du train fut bloqué et alors que les boches étaient occupés à sauver ce qui était encore en état, la R.A.F. toujours en alerte est entrée en action et mitrailla copieusement le restant du convoi

Cinq sabotages du chemin de fer complétèrent notre action jusqu’en août 1944.

Activités de notre groupe pendant les journées de la libération

Le 1er septembre 1944, nous attaquons l’Arsenal de Luttre en vue de désarmer les Allemands qui y travaillent, un boche fut désarmé, un autre ayant voulu riposter fut abattu, les autres entendant les coups de  feu prirent la fuite battant tous les records de vitesse mondiaux.

Le 2 septembre, nous occupons définitivement l’Arsenal et, alors que nous étions solidement établis sur cette position, un camion rempli de S.S. est arrivé. Ces derniers avaient l’intention  de saboter l’Arsenal, mais ils furent pris sous le feu meurtrier de nos armes et accueillis à coups de grenades. Plusieurs boches ont été mis hors de combat, deux seulement sont parvenus à s’enfuir dans les campagnes, un fut fait prisonnier.

Pendant cette même journée, un détachement du groupe parvint à arrêter « un héros de Tcherkassy »[6], un certain Van Roy, de Courcelles, une espionne allemande et quatre Mongols en tenue de « Feldgrau »[7].

Le 3 septembre, nous avions reçu l’ordre de nous rendre à un parachutage dans la région de Familleureux : un détachement de 30 hommes fut désigné pour cette mission, en cours de route, vers 21h30, ce détachement est entré en contact avec l’ennemi (une compagnie allemande forte de 800 hommes) sur le territoire de Gouy-lez-Piéton au lieu-dit « Chapelle Sainte Renelde ». Le combat fut court mais d’une violence extrême, grâce à de nombreuses armes automatiques et au sang froid  de nos hommes, nous avons réussi à mettre l’ennemi en pleine déroute ; abandonnant dur le terrain de nombreuses armes, munitions et matériel divers.

Malheureusement, nous avons eu à déplorer la mort d’un brave, ainsi que 5 hommes grièvement blessés. Ces victimes ont été ramenées au P.C. et après avoir reçu les premiers soins, ils ont été  évacués à l’hôpital du Sacré-Cœur de Marchienne-auPont.

De leur côté, les boches ont eu de nombreux tués et blessés dont plusieurs sont morts des suites de leurs blessures par la suite.

Le reste du groupe, attiré par les coups de feu, arriva sur les lieux du combat, effectua plusieurs patrouilles et livra d’autres combats toujours avec succès et sans subir d’autres pertes.

Le 4 septembre, la section de patrouille fut avisée par la population que plusieurs soldats américains étaient attaqués par un groupe de 20 S.S., au lieu-dit « étang du Chauffeur » à Gouy, se portant immédiatement au secours des assiégés. Nos valeureux maquisards contribuèrent grandement à mettre les Fridolins hors de combat. Leur intervention fut des plus opportunes car le seul soldat allié survivant  de cette bagarre tenait encore par miracle et n’avait plus que 4 cartouches à tirer.

Malheureusement ses compagnons, échappés de l’enfer de Caen (Normandie) étaient venus trouver une mort glorieuse sur notre sol. Le rescapé de ce combat est le sergent Joseph Matares, el Sheewood, Providence, U.S. Army.

Résultat des journées de la libération

Un camion, des armes, munitions, explosifs et matériel divers sont pris à l’ennemi.

Nous avons fait 120 prisonniers dont plusieurs S.S. »

« Pour copie conforme, Ixelles le 22-9-1946, le Commandant de la Brigade spéciale E. Orban, 149, avenue de la Couronne, Ixelles ».



[1] R. COTYLE, Annales historiques. Val de Samme : 1942-1945, Braine-le-Château, 1976, t.2, pp. 173-273.
[2] Libert Paul, ° Baisy-Thy 29-12-1902, + Nivelles 2-3-1977, 1er sergent-major de l’armée belge. Il dirigeait les plantations du Secours d’hiver, distribuait des journaux clandestins. Il participa à de nombreux sabotages en tant que membre du groupe G.
[3] Le 27 août 1940 le secrétaire général du ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement, Emile De Winter, crée un nouvel organisme parastatal afin d'organiser et de contrôler toute la chaîne alimentaire (production, distribution et transformation) et le rationnement des vivres. La CNAA se base sur le corporatisme et est une émanation de l'Ordre nouveau. Cependant, elle manque d’efficacité et de légitimité.
[4] Werbestelle : Services du Travail Obligatoire (S.T.O.)
[5] Oswald Englebin est un industriel et homme politique, bourgmestre rexiste du  Grand Charleroi, né le 27 décembre 1893 à Trazegnies et assassiné le 17 août 1944 à Courcelles.
[6] La bataille de Tcherkassy, aussi connue sous le nom de bataille de Korsoun, se déroule du 24 janvier au 17 février 1944. Elle oppose sur le front de l’Est le groupe d'armées Sud du côté allemand aux premier et deuxième fronts ukrainiens de l’Armée rouge. Elle fait suite à l’offensive de Korsoun-Chevtchenkivskyï, l’une des opérations menées dans le cadre de l’offensive stratégique Dniepr-Carpates (24 décembre 1943-17 avril 1944)
[7] De l’allemand feldgrau (« gris de campagne, de champ de bataille »), composé de Feld et de grau, c'était la couleur des uniformes de l'armée allemande durant les deux conflits mondiaux du XXe siècle. De là, par extension, la désignation du soldat de cette armée.